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L'édito d'ouverture

La beauté du geste

On me fait souvent cette question étrange et pénétrante de films qui ne sont ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres. Qu'est-ce que le super 8 en tourné-monté ? Depuis le temps qu'à Regard Indépendant nous nous intéressons à la question, la réponse devrait fuser comme la date de la bataille de Marignan ou la recette du quatre quarts.

Ce n'est pas le cas, alors voyons cela en semble, chers spectateurs curieux et plein d'enthousiasme, à l'heure de participer à ces 15e Rencontres Cinéma et Vidéo à Nice qui vont culminer avec la présentation de notre collection 2013 sur le thème « De 5 à 7 ». En super 8 tourné-monté.

Le super 8, c'est d'abord un format de pellicule argentique, support physique en nos temps numériques. C'est un long ruban de celluloïd de 15 mètres destiné à être projeté à une vitesse de 18 ou 24 images/secondes pour donner à voir un film d'environ trois minutes. Ce format a été popularisé par Kodak à partir de 1965 pour des millions de films de famille ou de voyages. Son coût abordable l'a fait adopter par de nombreux artistes et cinéastes débutants. Nul n'ignore que Steven Spielberg a fait ses premières armes, tout jeune, en filmant en super 8 ses amis dans le jardin de sa mère. La vidéo dans les années 80 a porté un coup presque fatal au super 8. aujourd'hui, son grain et le charme qui se dégage de ses images lui conserve un pouvoir de fascination certain, unique, comme celui du vinyle en musique. Matériel et pellicules se trouvent toujours, alors pourquoi ne pas tenter l'expérience.

Un film se crée en trois étapes : écriture, tournage et montage. Le principe du tourné-monté est de fondre les deux dernières en une seule. Le choix des plans et de leurs correspondances s'effectue au cœur de l'aventure du tournage. Le film se fait chronologiquement et chaque plan est unique. Si l'acteur rit quand il devrait pleurer, c'est dans le film. Si le plan est flou ou sombre, c'est dans le film. Le tourné-monté est un film pensé avec précautions mais brut. Pour pimenter la chose, les films sont muets. Le son est composé à posteriori à partir du découpage effectué par le réalisateur. Amis de la synchro maniaque, passez votre chemin.

Concrètement, le cinéaste aspirant reçoit sa cassette avec ses quinze mètres de film. Il réalise son film et remet le boite noire pleine de promesses et sa bande son à part. Le film est envoyé pour développement. S'armant de patience, notre réalisateur ne découvrira son film que lors de la soirée de projection avec les autres, et surtout avec le public auquel il revient d'adoucir ses angoisses de créateur.

Mais pourquoi, me direz vous, autant se compliquer la vie ? Pour le jeu ! Pour la beauté du geste ! Ce principe permet de retrouver quelque chose des conditions du cinéma des origines, celui pratiqué par les frères Lumières et autres pionniers du septième art. Quand on dispose de trois minutes et que chaque image compte pour s'exprimer, au lieu de dizaines d'heures de rushes en fichiers, chaque plan doit être mûrement réfléchi. Chaque transition soigneusement pesée. La récompense est à la hauteur des contraintes, au-delà de cette beauté particulière de l'image. Si l'échec, formateur, fait partie du jeu, nombre de films font preuve d'inventivité et de créativité. Vous pourrez, chers spectateurs, juger sur pièces en gardant à l'esprit comment ça marche. Et pourquoi pas, aurez-vous envie à votre tour de tenter l'expérience du super 8 en tourné monté pour la collection 2014.

Cette édition est dédiée à la mémoire de Jésus Franco et Giuliano Gemma

Vincent Jourdan

Président

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