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L'édito d'ouverture

50 ans, c'est fou

Ce thème faible et vain, qui ne contient pas plus qu’un songe,

gentils spectateurs, ne le condamnez pas ;

Nous ferons mieux, si vous pardonnez.

C'est en 1965 que Kodak invente le format super 8 dont le succès va être immédiat. Il devient rapidement le format de cinéma amateur par excellence, celui des familles qui filment, par millions, leur histoire immédiate, intime, sincère, brute, avant d'être supplanté au début des années 80 par la vidéo puis par le numérique. Mais rien n'a effacé le charme ni le style de cette image fragile. Et ces images hantent nos placards et nos greniers. C'est pour cela que Regard Indépendant propose désormais de leur faire prendre l'air avec « Ramène ta bobine », le programme qui demande aux spectateurs d'apporter leurs films pour les découvrir ensemble. L'année prochaine nous fêterons les cinquante ans du super 8 et Regard Indépendant prendra toute sa part dans un événement qui, un peu partout dans le monde regroupera les amoureux de l'argentique à 18 ou 24 images secondes.

C'est un peu fou quand on y pense, ce plaisir du bricolage, de la matière en celluloïd, ces difficultés à surmonter et ce soi qu'il faut apporter pour quelques minutes de film, alors que les moyens modernes permettent tant de choses et si facilement. C'est peut être là qu'il faut aller cherche l'engouement des réalisateurs des Rencontres, de ceux qui ont participé à notre collection 2014 sur le thème « Ville folle ». Quand on peut tout faire, une étrange torpeur s'empare de nous. Quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites et sans limites l'imagination ne sait plus où donner de la tête. Nous avons peut être besoin de ces contraintes de format et de temps, de cette attention à donner à la lumière, de cette précision dans le découpage, qui vont nous donner la maîtrise de notre création dont la fragilité est à échelle humaine.

C'est un peu fou quand on y pense et c'est le même genre de folie qui se transmet chez les amateurs de pratiques plus dans l'air du temps. Il faut ce grain de folie pour porter un film et trouver l'énergie à sa réalisation. De ce genre de folie qui pousse les quatre compères de K-14 – Les Renards à partir sur les routes d'Amérique à la recherche du dernier laboratoire qui développe la mythique pellicule Kodachrome. Qui pousse Thierry Paladino et Serge Dotti avec ses marionnettes sur les routes du Haut-Pays, qui entraîne Rémy Masseglia à la suite du cirque itinérant des Zavapas, qui amène Antoine Banni à retrouver le colonel Kurtz, un fou d'une autre trempe. C'est une énergie du même ordre que déploient Guillaume Levil et Xavier Ladjointe dans la réalisation de leurs projets, ne cessant d'écrire et de tourner, ne reculant devant aucun défi sans attendre les bons vouloirs des structures établies. Ils viendront lors de nos Rencontres vous faire partager leurs expériences.

Oui, c'est fou quand on y pense l'énergie, le temps et la passion autour de ces créations infimes et indispensables. Créations qui s'adressent à ceux et celles, le public, qui cherchent sur l'écran ce grain de folie qui les séduira et saura leur parler, les émouvoir, les intriguer. Et puis au public, puisque nous sommes entre amis, il peut se laisser prendre lui aussi par ce grain de folie et décider, l'an prochain, de célébrer comme il se doit les cinquante ans du super 8 avec une de nos petites caméras à la main. C'est une honnête proposition !

Vincent Jourdan, Président

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