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L'édito d'ouverture

Vos gueules les mouettes (Silence, on tourne)

« Plus l'univers se standardise, plus la singularité m'intéresse » (Claude Sautet)

Il y a un an, ici-même, je vous invitais à vous laisser prendre par notre petit grain de folie et saisir l'une de nos petites caméras super 8 pour célébrer les 50 ans de ce mince ruban de 15 mètres de pellicule argentique. Nous y voilà. Le super 8 fête son demi-siècle. À l'échelle humaine, qu'est-ce qu'un demi-siècle ? C'est d'abord une histoire, ensuite un présent, et encore un futur possible.

Pour le Super 8, l'histoire est connue. La mise sur le marché par Kodak en 1965, non seulement de la pellicule, mais aussi de tout le matériel qui va avec et qui donne des envies de cinéma à des millions de personnes. L'histoire du Super 8, c'est celle de ces multitudes d'anonymes, nos parents, grands-parents, qui vont s'exprimer, s’amuser, créer et documenter toute une époque : trois décennies à la louche. Dans ce jeu du cinéma chez soi, il y a les clubs, les associations, les festivals, les rencontres, à l'imitation des professionnels de la profession. L'histoire du super 8, c'est aussi celle de ces premiers pas, de ces premiers essais, de ces récréations de cinéastes en devenir ou arrivés, Nanni Moretti, Steven Spielberg, Eric Rohmer et Rosette, Gérard Courant, Derek Jarman, Peter Jackson, Joseph Morder, Rémi Lange, Sam Raimi, Jean-Claude Brisseau, les farfelus comme Norbert Moutier ou Jacques Hardy, les engagés comme Jean-Yves Le Tacon où les groupes Medvedkine... Le super 8 c'est aussi Vos gueules les mouettes, ce film maladroit et touchant de Robert Dhéry, son dernier en 1974, où tout un village breton participe à un concours de film pour la défunte ORTF.

Mais à cinquante ans, il n'est pas bon de se laisser aller à la nostalgie qui n'est plus ce qu'elle était. Chez Regard Indépendant, c'est au présent que l'on conjugue le Super 8. Depuis 2004, ce sont 11 collections, une centaine de réalisatrices et de réalisateurs pour plus de cent vingt films. Le 24 octobre nous avons participé au Global Super 8 Day lancé par d'autres fondus suisses. Même si l'on s'en doutait grâce à nos nombreuses rencontres depuis 2004, le Super 8 est partout, au Mexique, dans les Balkans, au Liban, en Espagne, à Soissons, à Strasbourg, au coin de la rue. Des amateurs, des passionnés, des acharnés, des inventifs, des bricoleurs, il y en a. Et pas que des vieux chenus à l’œil humide, des petits jeunes qui en veulent aussi.

Irrésistible et résistant, le pouvoir de séduction du Super 8 opère toujours. Comme Niagara qui faisait l’amour à la plage, yaou chachacha, dans les années 80, Lana Del Rey ou Mendelson clippent en super 8. Chaque année, des réalisateurs l'utilisent pour son esthétique particulière, Olivier Py ou Antonin Peretjatko au hasard. Laura Tuillier pour son court métrage Soirs de semaine que nous aurons le plaisir de vous présenter. Cette année encore, peut-être un peu plus, nous avons eu à cœur de partager avec vous ce présent vivant. Et nous avons eu la volonté d'en faire partie à travers notre film collectif, fruit de notre réflexion, intense comme il se doit, de nos doutes parfois, de ce qui nous motive et nous fait nous retrouver, semaine après semaine, autour de ce fin ruban et de tout ce que l'on peut faire avec. Avec ce film que nous vous présenterons en ouverture, il y aura tout ce beau programme de ces belles 17èmes Rencontres, ces belles œuvres et leurs créateurs impatients de rencontrer le public, pour tenter de le séduire, peut être de le convaincre.

Tout ceci ne serait pas complet si nous ne profitions pas de l'occasion pour questionner le futur. Ce sera l'un des enjeux de la manifestation. Toutes ces rencontres, toutes ces découvertes, sont autant de nouveaux possibles pour demain et après-demain. Nous essaierons d'aborder ce vaste chantier lors de notre table ronde du vendredi 27 novembre. Quel avenir pour le super 8 en notre époque numérique ? Celui que nous voudrons bien lui faire, nous, les créateurs, les laboratoires indépendants, les passeurs de films, le public. Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont une caméra chargée, et les autres. Nous, on tourne.

Vincent Jourdan, Président

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