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  • "Satan bouche un coin" par Vincent Roussel

    Vincent Roussel, participant à la table ronde de vendredi 1er décembre, a accepté d'écrire un texte de présentation au court métrage tout à fait étonnant de Jean-pierre Bouyxou Satan bouche un coin que nous proposerons en ouverture des Rencontres jeudi 30 novembre. Une manière de le remettre dans son époque et son contexte et d'offrir un avant goût de l'ouvrage dont il nous entretiendra par la suite autour des collections de la Brigandine. Merci, Vincent. 

    En 2008, lorsque la revue Lunatique (n°78/79) lui consacre un numéro spécial, Jean-Pierre Bouyxou est présenté de la manière suivante : « anarchiste, acteur, chanteur, cinéaste, érudit, essayiste, héros de romans, iconoclaste, journaliste, romancier, scénariste... ». Ces multiples casquettes ne l’ont sans doute pas rendu célèbre aux yeux du grand public mais lui ont permis d’acquérir une véritable renommée chez ceux qui s’intéressent aux mouvements culturels marginaux, populaires, transgressifs ainsi qu’à l’insolite et au bizarre. Pour le dire en quelques mots très schématiques, Bouyxou est une véritable mémoire vivante d’une certaine « contre-culture ».

    Ses intérêts et domaines d’activité sont multiples. De 1978 à 1986, il tient quasiment seul les rênes de la revue Fascination où, à travers le prisme de l’érotisme, il peut s’intéresser aussi bien à la littérature de « second rayon » qu’au music-hall, à la bande-dessinée comme à la chanson paillarde, à l’art pompier comme au cinéma.

    Critique et historien du septième art, il défendra avec le même enthousiasme la plus obscure série Z et le plus pointu des films expérimentaux. En 1971, il consacre un magnifique ouvrage à La Science-fiction au cinéma et rédigera de nombreux articles et dossiers sur les territoires les plus méconnus du cinéma : le comique ringard d’Émile Couzinet, les « films de femmes en prison », la pornographie transgressive de José Benazeraf, l’épouvante britannique, etc. Son goût pour les images animées l’amènera à fréquenter les plateaux où il tâtera tous les métiers : acteur de complément (c’est lui qui incarne le docteur Orloff dans La Comtesse noire de Jess Franco), scénariste (notamment pour Les Raisins de la mort de Jean Rollin et quelques films pornographiques signés Michel Barny), dialoguiste pour Alain Payet sur un inénarrable Train spécial pour Hitler tourné pour le compte de la plus fauché des maisons de production : Eurociné et même compositeur de musique pour certaines œuvres expérimentales de Philippe Bordier.

    jean-pierre bouyxou,vincent roussel

    Assistant de Jean Rollin lorsque celui-ci doit, pour des raisons alimentaires, tourner des films pornos, il se voit proposer de mettre lui-même en scène des œuvres licencieuses. A toute vitesse (généralement en une journée), il boucle Amours collectives en 1976 et Entrez vite…vite, je mouille en 1978, deux films libertins qui se distinguent par un ton libertaire et rigolard assez éloigné de la routine du X traditionnel.

    Mais l’œuvre cinématographique de Bouyxou ne se limite pas à ces deux longs-métrages. En 1972, il vole un authentique film d’instruction militaire qu’il projette tel quel en l’intitulant Sortez vos culs de ma commode et en l’agrémentant d’un interminable générique farcesque. Un « ready made » cinématographique, en quelque sorte. Auparavant, dans la lignée d’un Norman McLaren, il aura signé Graphyty court-métrage expérimental et provocateur directement gratté sur pellicule.

    Satan bouche un coin date de 1968 et témoigne de la passion que Bouyxou porte à l’œuvre de l’artiste Pierre Molinier qui joue ici son propre rôle. A sa manière, ce film onirique, érotique et fétichiste représente la quintessence de ce que put être le cinéma underground franco-belge à la fin des années 60. En proposant des variations sur le thème du vampirisme, Bouyxou fait valser la grammaire cinématographique traditionnelle (plus de récit, de narration conventionnelle…) et nous propose une œuvre libre, résolument anticonformiste et totalement anarchiste.

    Pour la petite histoire, le film est coréalisé par Raphaël Marongiu, véritable « désaltère-égo » de Jean-Pierre Bouyxou avec qui il mènera de nombreux projets (films, livres, roman-photo…). On les voit d’ailleurs apparaître en anges bizarres dans La Fée sanguinaire de Roland Lethem. Avec Bouyxou, Marongiu participera également à l’une des aventures les plus singulières de l’histoire de la « littérature de gare ». En 1979, l’éditeur Henri Veyrier se voit proposer de lancer sur le marché une collection de polar érotique. Séduit par la manne financière que peut représenter ce filon, il charge une jeune directeur de collection - Jean-Claude Hache- de réunir des auteurs et de sortir 4 titres par mois. La collection s’appellera dans un premier temps le Bébé Noir avant de devenir La Brigandine après de multiples démêlés avec la censure. De 1979 à 1982, la collection alignera 128 romans aux titres en forme de calembours (Pour une poignée de taulards, La Peau lisse des nurses, La Rousse aux petits roberts, La Loque à terre…). Bouyxou et Marongiu, sous divers pseudonymes en signeront 30 qui se caractériseront tous par leur originalité, leurs références cinématographiques et leur liberté de ton. Car si les auteurs de la collection (où s’illustreront des gens comme le situationniste Raoul Vaneigem, le ronchon Alain Paucard, l’elficologue Pierre Dubois ou l’écrivain pour la jeunesse Yak Rivais) étaient tenus à un cahier des charges précis (30% d’érotisme explicite), tous échappèrent rapidement à la routine du polar de gare manufacturé pour proposer des récits irrigués par des idées libertaires.

    Qu’ils aient abordé le cinéma comme ici ou le roman populaire, Bouyxou et Marongiu sont restés fidèles à eux-mêmes : des amoureux d’une certaine culture populaire, capables d’en épouser les codes pour les dynamiter dans des œuvres transgressives et drôles, à mille lieux de tous les canons de la morale et du bon goût…

    Vincent Roussel alias le bon Dr Orlof

  • Table ronde : ecrire sur le cinéma

    Bibliothèque Louis Nucera, auditorium

    Vendredi 1er décembre 2017 – 17h00 - Entrée libre

    Table ronde - Écrire sur le cinéma

    De l’écriture en ligne à l’écriture papier, histoires d’un aller-retour.

    Comment et pourquoi écrire sur le cinéma aujourd'hui, quand cet art subit de profondes mutations et que les supports de la réflexion, de la critique et du débat ont de multiples visages ?

    A l'occasion des 19es Rencontres Cinéma et Vidéo à Nice, l'association Regard Indépendant propose une réflexion autour de l'écriture cinéphile aujourd'hui. L'émergence des blogs au milieu des années 2000 a suscité de nouvelles pratiques, nourries des nouveaux outils numériques et des possibilités inédites de mise en réseau. Une écriture plus libre, plus variée, plus interactive, prolongeant à sa façon les fanzines et les revues, est née.

    Il y a dix ans, nous réunissions quatre cinéphiles qui s'exprimaient en créant des blogs alors en plein essor. Dix ans plus tard, les débats se sont déplacés sur les réseaux sociaux mais les expériences en ligne ont débouché sur des formes plus traditionnelles, le livre et la revue papier pour participer à un renouveau de la critique et de l'étude cinéphile. La table ronde réunit six intervenants ayant vécu cette double expérience, s'appuyant sur leur parcours et leur actualité.

    Cette actualité est une belle occasion d'évoquer avec le public la manière dont on peut écrire aujourd'hui sur le septième art. Comment l'on joue de ces différents supports pour mieux faire partager une certaine idée du cinéma et de celles et ceux qui le font.

    Avec :

    Eric Escofier, écrivain-journaliste, organisateur de festivals, réalisateur, éditeur, il prépare la sortie de « Horror Monster Cult » en six volumes, consacré aux films fantastiques.

    Clara Laurent, frédérique gosnik, edouard sivière, Vincent Roussel, Vincent Jourdan, Joachilm Lepastier, Table ronden, Cinéphilie

    Frédérique Gosnik, Cinéphage obsessionnelle, rédactrice-graphiste presse, elle a créé le blog "Les nuits du chasseur de films" en 2008 et est des plus active sur les réseaux sociaux.

    Clara Laurent, frédérique gosnik, edouard sivière, Vincent Roussel, Vincent Jourdan, Joachilm Lepastier, Table ronden, Cinéphilie

    Clara Laurent, chargée de production dans l’audiovisuel et chef de projet dans l’édition vidéo, enseignante, journaliste, écrivaine, « Danielle Darrieux, une femme moderne » (Éditions Hors collection, avril 2017) est son premier livre.

    Clara Laurent, frédérique gosnik, edouard sivière, Vincent Roussel, Vincent Jourdan, Joachilm Lepastier, Table ronden, Cinéphilie

    Joachim Lepastier, créateur du blog "365 jours ouvrables", conférencier, enseignant, il est journaliste aux Cahiers du Cinéma depuis 2009.

    Clara Laurent, frédérique gosnik, edouard sivière, Vincent Roussel, Vincent Jourdan, Joachilm Lepastier, Table ronden, Cinéphilie

    Vincent Roussel, passionné par le cinéma et la littérature, tient depuis plus de 10 ans un blog "Le journal cinéma du docteur Orlof", chroniqueur, préfacier, « La Brigandine, les dessous d’une collection » (Éditions Artus Films) est son premier livre.

    Clara Laurent, frédérique gosnik, edouard sivière, Vincent Roussel, Vincent Jourdan, Joachilm Lepastier, Table ronden, Cinéphilie

    Édouard Sivière, cinéphile amateur, créateur du blog cinéma "Nightswimming", chroniqueur, amateur d'expériences collectives sur Internet, il publie en 2017 son premier livre, « L’Esprit Positif » (Éditions Eurédit) consacré à la fameuse revue.

    Clara Laurent, frédérique gosnik, edouard sivière, Vincent Roussel, Vincent Jourdan, Joachilm Lepastier, Table ronden, Cinéphilie

    Débat animé par Vincent Jourdan, président de Regard Indépendant, créateur du blog Inisfree, qui prépare la sortie début 2018 du premier livre français consacré au cinéaste Sergio Corbucci aux éditions Lettmotif.